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Le Grand Prix qui a traumatisé la Formule 1

  • Photo du rédacteur: Louis Bednareck
    Louis Bednareck
  • 3 mai
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 mai


La monoplace d'Ayrton Senna après avoir foncé droit le mur…
La monoplace d'Ayrton Senna après avoir foncé droit le mur…

1er mai 1994


Sur le circuit d’Imola, la Formule 1 s’apprête à vivre l’un des week-ends les plus sombres de son histoire.

En trois jours, la discipline va perdre deux pilotes… et changer pour toujours.

 

A l’aube de ce 3è Grand-Prix de la saison 94, c’est Michael Schumacher qui domine le classement des pilotes, avec 2 victoires lors des 2 premières courses. Celui qui devait être son concurrent numéro 1, un certain Ayrton Senna, triple champion du monde, n’a gagné aucun point malgré deux pôles positions, la faute à 2 abandons en 2 courses. A St Marin, le Senna veut enfin sa lancer sa saison, malheureusement, c’est tout le contraire se produira…

 

Le cauchemar commence le vendredi 29 avril 1994, lors de la première séance d’essais libre du Grand-Prix de St Marin. Lors de celle-ci, le Brésilien Rubens Barrichello perd le contrôle de sa Jordan. Cette dernière s’envole et vient s’écraser contre le mur de pneus.


Le choc est violent, le pilote inconscient, les secours doivent intervenir. Grâce à ces derniers et au médecin de la Formule 1, Sid Watkins, Barrichelo s’en sort sain et sauf, avec seulement un bras cassé, un nez fracturé et un traumatisme crânien. C’est un miracle, le week-end peut reprendre son court presque normalement, et les pilotes peuvent avoir l’esprit tranquille. Dix ans après cet incident, Damon Hill, qui conduisait alors pour l’écurie Williams-Renault, dira à propos de ce premier accident: « Nous avons continué les qualifications rassurés car nos voitures étaient solides comme des tanks : nous pouvions être secoués mais pas blessés »

 

 

Le samedi 30 avril, commence alors la deuxième journée de ce Grand-Prix.

Lors de celle-ci, c’est un novice qui dispute sa 1è saison en Formule 1 et sa 3è course, qui va voir sa vie basculer. Alors qu’il se bat pour décrocher sa place sur la grille de départ, Roland Ratzenberger, pilote autrichien de l’équipe Simtek, escalade un vibreur et endommage son aileron avant. Plutôt que de rentrer au stand pour régler le problème, l’autrichien préfère enchaîner et entamer un deuxième tour de qualification, qui lui sera fatal.

En effet, quelques instants plus tard, dans la courbe de Villeneuve, son aileron avant se détache, il perd le contrôle de sa monoplace, et fonce tout droit dans un mur, à 310km/h.


La force de l’impact est telle que Roland Ratzenberger subit une fracture du crâne.

Il meurt presque immédiatement.

Cette mort est la 1è durant un Grand-Prix depuis 12 ans, et ce n’est malheureusement pas la dernière… contrairement à ce que voudrait le règlement, qui dit que si un pilote vient à mourir lors d’un Grand-Prix, ce dernier devrait automatiquement être annuler.

Problème, Roland Ratzenberger a rapidement été évacué vers l’hôpital de Bologne après son accident, et c’est donc là-bas qu’il est déclaré mort, et non pas sur le circuit d’Imola.

Le Grand-Prix aura donc bien lieu, et ça n’a pas l’air de plaire à Ayrton Senna, qui décide le soir-même de reconstituer l’association des pilotes afin de discuter de la sécurité en Formule 1.


Mais peu importe, il est déjà trop tard pour changer de décision, et le dimanche 1er Mai, le Grand-Prix de St Marin peut s’élancer…

Leader au moment de l’accident, c’est Senna qui partira en tête ce dimanche, pour la 65è, et dernière fois de toute sa vie…

Sur la grille, son attitude intrigue. Habituellement concentré et silencieux, il semble ailleurs. Dans un message diffusé à la télévision, il adresse même un mot à son ancien rival Alain Prost, via la radio de son écurie :

« Un bonjour spécial à notre ami Alain. Tu nous manques. »


Après ces mots, le départ, et là déjà, un incident vient bousculer la course.

La monoplace de J.J Lehto, alors 5è, cale. Les voitures de derrière doivent alors avoir le réflexe de l’éviter pour empêcher l’accident. Malheureusement, Pedro Lamy, parti 22è, ne parvient pas à l’éviter et lui rentre dedans. Les pneus s’envolent, des débris fusent, des spectateurs sont touchés. 9 d’entre eux sont blessés. Les pilotes, eux, sont miraculeusement indemne.

Afin de nettoyer la piste des débris, la Safety Car entre en piste, et ce durant 5 tours. A l’issu de ces 5 tours, le Grand-Prix peut reprendre, Senna en tête, suivi de près par Schumarer.

Commence alors le 7è tour du Grand-Prix.

Il est 14h18 à Imola.

Roland Ratzenberger est mort depuis moins de 24 heures.

Et Ayrton Senna s’engage dans la rapide courbe de Tamburello.


Il y perd le contrôle de sa Williams et vire tout droit. Malgré une décélération de 311 à 206km/h, le choc avec le mur est violent, brutal…


Sid Watkins, le médecin de la Formule 1, doit encore intervenir, cette fois-ci auprès d’un ami à qui il avait conseillé de ne pas participer au Grand-Prix, et de plutôt venir pêcher avec lui.


En arrivant sur les lieux de l’accident, Sid Watkins comprend sa gravité… Senna est inconscient mais il respire encore, il faut tout faire pour le sauver, alors il est rapidement envoyé à l’hôpital de Bologne.

Pendant ce temps, aussi surprenant que cela puisse paraître, la course reprend ses droits, et un deuxième départ est donné. Durant cette 2è course, un pilote perd sa roue arrière droite lors d’un pit stop, cette dernière vient alors percuter deux mécaniciens de Ferrari et deux de Lotus, qui sont touchés et hospitalisés.


Schumacher triomphe à l’issu du Grand-Prix, mais à ce moment-là, ce n’est qu’un détail, car durant la course, les pilotes n’ont pas été prévenu de l’état de santé de Senna.

Malheureusement, 4h22 après l’accident, Ayrton Senna est officiellement déclaré mort par l’hôpital de Bologne. Le monde du sport vient de perdre un triple champion du monde de Formule 1, adulé au Brésil, qui impose un deuil national de 3 jours.


Mais au-delà de l’émotion, une question se pose : comment un tel drame a-t-il pu se produire ?

Les enquêtes commencent et durant des années, les experts tenteront de comprendre les causes exactes de l’accident. La théorie la plus probable évoque la rupture de la colonne de direction modifiée sur la Williams de Senna. La perte de contrôle dans le virage de Tamburello aurait alors été inévitable.


Ces incidents vont tout changer. La sécurité en Formule 1 est entièrement remise en question. De nouvelles mesures vont être mises en œuvre. Les circuits sont modifiés. Des virages rapides sont transformés, des dégagements sont agrandis, les barrières de protection améliorées. Les monoplaces deviennent plus sûres, plus résistantes. Des innovations apparaîtront progressivement : cockpits renforcés, structures anti-intrusion, meilleurs casques, et bien plus tard le halo, qui protègera la tête des pilotes et évitera plusieurs accidents potentiellement mortels.

 

En 1 week-end de Grand-Prix, San Marino aura vu 1 pilote se blessé gravement, 2 autres perdre la vie, 9 spectateurs se blesser et 4 mécaniciens hospitalisés.

 

L’histoire du Grand-Prix de St Marin 1994, c’est l’histoire d’une course, d’une tragédie et de destins brisés, qui ont changé à jamais le sport automobile.



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