Jonny Wilkinson : la Quête de la Perfection
Le 22 novembre 2003, l’Angleterre du rugby à l’occasion de remporter la 1è Coupe du Monde de son histoire. Mais à 26 secondes du terme de la finale, Anglais et Australiens sont à égalité parfaite : 17 à 17.
Un pays entier retient son souffle. Face aux poteaux, un homme s'apprête à réaliser le geste qui va changer sa vie. Mais ce que personne ne voit à cet instant, c'est que ce coup de pied n'a pas commencé ce soir-là. Il a commencé des milliers d'heures plus tôt, sur des terrains vides, avec un homme obsédé par une idée : atteindre la perfection.
Cet homme qui s’apprête à changer le destin de tout un pays, c’est Johny Wilkinson. Un Anglais naît en 1979 à Frimley.
Né dans une famille de sportif, Wilkinson entame sa carrière professionnelle dès ses 18 ans chez les Newcastle Falcons. Lui ne se démarque pas par son talent ou par son côté spectaculaire, mais par sa rigueur, sa force mentale et la longueur de ses entraînements, qui malheureusement l’éloigneront aussi des terrains.
Cette quête de la perfection l’amène à posséder l’un des meilleurs coups de pied du monde, après avoir étudié finement chaque détail de celui-ci : placement du pied, position du corps, respiration, trajectoire. Jonny ne loupe jamais ou presque, et possède une qualité rare dans le monde du rugby : il peut tout aussi marquer des points avec le pied droit ou le pied gauche, ce qui le rend tout aussi redoutable...
Après chaque entraînement, il reste seul, parfois pendant 2h, à taper des drops et des pénalités à différents endroits du terrain. Pour lui, chaque centimètre peut décider d’une victoire ou d’une défaite. Ce professionnalisme choque chaque personne qui l’a côtoyé, et rend le joueur unique...
Ainsi, Wilkinson commence le rugby professionnel très tôt en 1997, à 18 ans, au Newcastle Falcons. Seulement un an après ses débuts professionnel, le voilà appelé avec la sélection Anglaise. Très vite, il devient un cadre de sa sélection et pour la 1è édition du Tournoi des Six Nations en 2000, Wilkinson dispute l’entièreté de la compétition, que l’Angleterre finira par remporter.
En 2003 quand arrive la Coupe du Monde, l'Angleterre est alors considérée comme la meilleure nation européenne, et Wilkinson et son travail acharné n’y sont pas pour rien. Les Anglais ont encore remporté le Tournoi des Six Nations cette année en réalisant le Grand-Chelem, puis ont enchainé par une victoire face à la Nouvelle Zélande 15-13, avec l’entièreté des points Anglais inscrits par Wilkinson, preuve de son importance dans le XV de la Rose.
Certes dominatrice à l’échelle du monde, l’Angleterre entame ce mondial avec la pression d’être favori, et donc de devoir subir l’attente de tout un pays qui attend enfin le premier sacre Anglais en Coupe du Monde. Ne pas être Champion du Monde serait un échec au vu de la génération exceptionnelle que possède les Anglais.
Peu importe la pression, l’Angleterre fais subir sa domination à chaque nation, et passe la phase de poule sans encombre, avec un Wilkinson rayonnant comme jamais.
Voilà les Anglais en ¼ de finale, leur véritable tournoi peut commencer...
Face à eux, les Pays de Galles, second de leur poule derrière la Nouvelle-Zélande. Ce ¼ a des allures d’évidence pour les Anglais, qui confirme leur supériorité en s’imposant 28 à 17, avec 23 des 28 points Anglais inscrit par Wilkinson.
Le 16 novembre 2003, en ½ finale, en plus de l’enjeu de la qualification, les Anglais se battent pour l’honneur, dans un Crunch face à l’équipe de France. Wilkinson fait encore mieux qu’en ¼ de finale, et inscrit la totalité des points Anglais, c’est-à-dire 24, et permet à l’Angleterre de s’imposer 24 à 7.
Voilà le XV de la Rose en finale de la Coupe du monde, mené par un Johny Wilkinson au meilleur de sa forme. Les Anglais ne le savent pas encore après cette ½ finale victorieuse face à la France, mais ils vont encore devoir compter sur lui en final...
La finale justement, se dispute 6 jours après le Crunch, le 22 novembre 2003 à Sydney, en Australie donc, et face à l’Australie elle-même. L’Angleterre fera donc face à un stade entier acquis à la cause Australienne.
Malgré leur supériorité donc, les Anglais doivent s’attendre à un match tendu, et surtout serré... et ce fut le cas, puisque le plus grand écart de cette finale fut acquis par l’Angleterre, lorsque les Anglais ont mené de 9 points 14 à 5, lors de la première mi-temps.
Malheureusement pour eux, la deuxième ne sera pas tout aussi prolifique pour l’Angleterre, elle ne le sera pas du tout même, puisque l’Australie va revenir à hauteur de l’Angleterre dans les dernières minutes du match...
Voilà les deux équipes en routes pour les prolongations donc, et là encore, c’est l’Angleterre qui entame le mieux cette seconde partie de la finale, en inscrivant dès le début de ces prolongations une pénalité, leur permettant de reprendre l’avantage dans cette finale, 17 à 14. Mais comme en 2nd période, les Australiens réagissent et recollent 17 partout, tout reste à faire encore dans cette finale...
Pendant 100 minutes, deux nations se sont refusées à céder. Mais une Coupe du monde allait finalement se jouer sur un seul geste.
Ce geste commence quand Wilkinson reçoit le ballon, regarde autour de lui, remarque qu’il est seul, qu’il a le temps de se placer puis, d’exécuter un drop qui deviendra légendaire et qui marquera à jamais l’Histoire du Rugby, faisant de l’Angleterre une nation championne du monde de rugby pour la première fois...
Ce coup de pied, ce drop, cette réussite n’est sûrement pas le fruit du hasard, mais bien du travail acharné de Wilkinson...
Après ce drop, Jonny Wilkinson deviendra « Sir Jonny Wilkinson », il sera de nouveau finaliste de Coupe du Monde 4 ans plus tard, mais cette fois-ci un finaliste malheureux face à l’Afrique du Sud. En plus de cet échec en finale, Wilkinson devra aussi composer avec de nombreuses blessures, le contraignant à l’éloigner longuement des terrains.
Côté club, et malgré sa nationalité anglaise, Wilkinson deviendra une légende du championnat de France sous les couleurs du Racing Club Toulonnais, qu’il a rejoint en 2009, pour commencer un nouveau chapitre, être un nouvel homme, et ne plus subir ses pépins physique, enfin. Sous ces couleurs, Wilkinson impressionne par sa quête de perfection, lui qui continue de travailler ses coups après chaque entraînement, imposant ainsi rigueur et respect au groupe Toulonnais.
Au-delà de ça, Wilkinson permet au RCT de remporter 2 coupes d’Europe en 2013 et 2014, et surtout de remporter un Top 14, en 2014, pour le dernier match de sa carrière, qu’il conclura en apothéose...
L’Histoire retiendra ce coup de pied à 17 partout en finale de Coupe du Monde, mais au fond, l’histoire de Jonny Wilkinson ne se résume pas à ce drop.
Elle ne commence pas à Sydney, lorsque le ballon s’élève dans le ciel australien. Elle commence bien avant, sur ces terrains où, après chaque entraînement, un jeune homme restait encore des heures à répéter le même geste. Encore. Puis encore. Jusqu’à ce que chaque mouvement devienne naturel, jusqu’à ce que l’erreur semble presque impossible.
Ce soir de novembre 2003, Wilkinson n’a donc pas simplement frappé un ballon. Il a mis à profit des années de travail, de sacrifices et de répétitions pour réaliser, au moment où son pays en avait le plus besoin, le geste parfait.
Et peut-être que c’est justement ce qui rend son histoire si particulière. Parce que derrière ce drop qui n’a duré qu’une seconde, il y a une vie entière consacrée à sa préparation.
L’histoire de Jonny Wilkinson, c’est l’histoire d’un homme qui a passé sa vie à rechercher la perfection, jusqu’à transformer une obsession en légende.
Et ce 22 novembre 2003, à Sydney, pendant quelques secondes seulement, la perfection avait un visage.
Celui de Jonny Wilkinson.

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