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L'inconnu devenu roi de la terre battue

  • Photo du rédacteur: Louis Bednareck
    Louis Bednareck
  • 17 mai
  • 5 min de lecture
Kuerten soulevant le trophée de Roland-Garros en 1997
Kuerten soulevant le trophée de Roland-Garros en 1997

Le 18 mai 1997, un certain Gustavo Kuerten remportait le challenger de Curitiba chez lui, au Brésil, dans l’anonymat le plus complet.


Durant ce tournoi se disputant sur terre battu, il n’a pas affronté le moindre top 100, rien d’exceptionnel donc dans cette victoire, qui a même failli lui filer entre les mains, mais coup de bol, un hélicoptère est venu déranger sa finale, déconcentrant son adversaire et profitant à Kuerten, qui finira par s’imposer en 3 manches après avoir perdu la 1è.


L’objectif derrière cette participation à un si petit tournoi ? Retrouver la confiance sur terre battu, afin de préparer au mieux Roland-Garros, et pouvoir y gagner un ou deux matchs…

Pourtant, 21 jours plus tard, le brésilien alors âgé de 20 ans, va surprendre tout le monde, et triompher à Paris.


Retour sur le sacre Kuerten lors de Roland-Garros 1997, l'inconnu devenu roi de la terre battue…

 

Nous voilà donc le 26 mai 1997, Kuerten va disputer son 1er tour à Roland-Garros, face à lui Slava Dosedel, un tchèque qu’il a affronté 1 mois plus tôt lors de Monte-Carlo, déjà sur terre battue donc, et contre qui il s’était incliné.


D’entrée, il ne fait pas figure de favori, et d’entrée, il choque. Kuerten, inflige un 6/0 à son adversaire dans la première manche, le ton est donné, c’est un autre homme qui est entré en terre Parisienne. Il poursuivra sur sa lancée pour s’imposer en 3 petits sets.


Le brésilien passe donc un tour ici à Roland-Garros, et ça déjà, c’est une première.


Au deuxième tour, il affronte le suédois Björkman. Là encore, Kuerten impose son rythme d’entrée. Revers à une main fluide, du relâchement, des angles dans ses frappes, il s’impose en 4 sets sans vraiment douter. Le voilà au 3è tour. Et cette fois ci, c’est une tout autre adversité qui l’attend…


En effet, pour accéder à la prestigieuse deuxième semaine de Grand-Chelem, Kuerten fais face à un obstacle de taille, Thomas Muster, alors 5ème mondial, et sacré ici-même deux ans auparavant…


L’autrichien fait donc figure de favori face à Kuerten et personne ne voit comment le Brésilien peut inquiéter son adversaire du jour. Personne, sauf Kuerten lui-même, qui déclarera des années plus tard, être arrivé sur le Court n°1 déterminé à l’affronter, et non à le regarder jouer.


Et ça se voit : Muster remporte la première manche certes, mais au tie break. Kuerten n’est vraiment pas là pour lui faciliter la tâche. Et dans le 2è set, il prend l’avantage sur le 5è mondial, le public prend la cause du jeune Brésilien et le pousse pour battre l’un des meilleurs terriens du moment. Le soutien paie, Kuerten mène 2 sets à 1, à une manche de l’exploit…


Il s’offre même 4 balles de break dès l’entame du 4è set. Muster les sauve, reprend confiance, et malgré les encouragements, Kuerten cède la 4è manche. Voilà les deux joueurs à égalité 2 sets partout, et dans ce genre de match, c’est le mental qui fait gagner.


Malgré les apparences et l’expérience, c’est bien Kuerten qui va faire la différence mentalement. Mal engagé dans ce 5è set, le brésilien est mené 3/0, il est fond au trou et au changement de côté, il lâche sa raquette de dépit au moment de s’asseoir sur son banc…


Mais cette année-là, en plus de son coach, Kuerten a emmené avec lui son grand frère. De nature silencieuse pendant les matchs, à 3/0, ce dernier le remonte et lui rappelle qu’il ne doit jamais abandonner.  Et ça marche, Gustavo remonte, 1-3, 2-3, 3-3 et même 4-3 pour lui, avant d’achever son adversaire en le breakant à 4-4. Derrière, jeu blanc, set et match pour Kuerten, qui se qualifie pour la première fois de sa carrière en 1/8 de finale d’un Grand-Chelem, le tout en éliminant le 5è meilleur joueur du monde.


Depuis le début de sa jeune carrière débutée fin avril de l’année précédente, Kuerten n’avait jamais remporté de match en 5 sets. Sa victoire contre Muster est la première, et pas la dernière…

Car désormais, Gustavo aura désormais face à lui que des joueurs prétendants à la victoire finale.

Alors en 8è, il doit se préparer à une bataille presqu’aussi dur que contre Muster, et ce sera encore le cas…


En arrivant face à Andrey Medvedev, le brésilien a déjà réussi son tournoi en atteignant la seconde semaine de Roland-Garros, mais peut-importe, il va tout donner. Mais pas assez, du moins au début : Kuerten perd encore la première manche, comme contre Muster, et comme Muster il renverse tout et mène ensuite 2 sets à 1. Il finira par s’imposer en 5 sets et sur deux jours, après une interruption du match à cause de la météo…


Voilà le 66è joueur mondiale en ¼ de finale, et il n’a pas finit de surprendre. Pour une place en demi-finale, Kuerten doit encore créer la surprise en s’imposant face au tenant du titre et tête de série n°3 : Yevgeny Kafelnikov.


Le costume d’outsider va à merveille au Brésilien, qui pour la troisième fois d’affilés s’impose au meilleur des cinq sets : 6-2, 5-7, 2-6, 6-0, 6-4.16 ans plus tard Kuerten déclarait que Kafelnikov était « sur une autre planète pour son niveau ». Mais il se trompe, en fait, son niveau c‘est ça, et il s’en rend compte au moment de quitter le Central : Kuerten le dit, après le match, il sait qu’il va le faire, peu importe ses futures adversaires.


En ½ finale, pour la première fois de la quinzaine, Kuerten est favori face au Belge Filip Dewulf, demi-finaliste alors qu’il est issu des qualifications. Kuerten assumé son rôle et montre qu’il est aussi fort dans son costume d’outsider que dans celui de favori. Kuerten assure et s’impose en 4 sets : 6-1, 3-6, 6-1, 7-6.  Direction la finale…


Kuerten n’avait plus remporter de matchs en 3 sets depuis son premier tour contre Dosedel, alors personne avant la finale ne le voyait s’imposer en 3 sets contre Sergi Bruguera, double vainqueur en 1993 et 1994. Personne, sauf Kuerten lui-même, qui dès le premier set impose son jeu offensif, et empoche la première manche 6/3. Dans le match de sa vie, le Brésilien enchaîne et remporte le deuxième set 6/4. Il est à une manche de l’exploit.


Mais encore une fois, en ce 8 juin 1997, rien ne peut empêcher Kuerten de triompher à Paris… Son destin est tracé, personne ne peut l’entraver, même pas Bruguera, impuissant, qui cède la 3è manche au bout d’un point interminable, que Bruguera conclut par un revers bas du filet.

Kuerten l’a fait, il remporte Roland-Garros 1997 et devient le premier Brésilien à remporter un tournoi du Grand-Chelem.

3 ans plus tard, bis repetita avec Roland-Garros 2000 puis 2001…

 

L’histoire du sacre de Gustavo Kuerten lors de Roland-Garros 1997, c’est l’histoire d’un joueur qui n’avait rien à perdre… et qui a fini par tout gagner.

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